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Témoignage

Le témoignage de Kai : la longue route d’un homophile

Voici un témoignage cash et sans tabou; l’histoire d’une homosexualité. Il retrace une crise d’identité hors du commun et une quête personnelle, religieuse et sexuelle qui se sont mêlées, parfois dans une grande confusion. L’auteur a trouvé finalement un chemin de réorientation et de réconciliation.

Ce texte met aussi en lumière l’influence des personnes homosexuelles mûres et confirmées, sur des plus jeunes, influençables du fait de souffrances personnelles et de l’absence de repères éthiques clairs dans ce domaine. Car on est peut-être conforté dans une pratique homosexuelle par une suite d’expériences.

Je me souviens très bien de ce que j’ai ressenti la nuit où j’ai basculé dans l’homosexualité. C’était fort, inattendu et surprenant, car je ne savais même pas que ce type de rapports existait. Mais ce n’était pas du plaisir: c’était bien plus un exutoire. Un nouvel horizon s’ouvrait devant moi, le soir même où j’aurais suivi n’importe qui: une troupe de cirque ou d’acteurs, des militants de Greenpeace ou un jeune homosexuel, beau comme un dieu qui m’a hélé: «Salut, tu vas où, comme ça?». Et ce fut lui. J’errais comme une âme en peine dans ce parc de Genève et il m’a entraîné; j’en suis tombé immédiatement amoureux. J’ai alors découvert un monde chatoyant, instinctuel, superficiel certes, où il n’y avait plus d’interdit. J’étais jeune et le plaisir et l’amusement que j’avais boudés jusque-là, en fils de bonne famille, ascétique et philosophe, était désormais en libre service. Mais dans cette affaire, j’ai aussi perdu une partie de ma personnalité et de ma santé.

Suis-je homosexuel?

Le problème, c’est que je ne suis pas homosexuel. Il m’a fallu des années pour le découvrir, grâce en particulier à l’aide d’un psychiatre, un érudit doublé d’un grand chrétien, le premier qui ait su véritablement me comprendre: le Dr. C.. «Si votre identité sexuelle est un vrai problème, l’homosexualité est une fausse réponse», m’a-t-il dit un jour. Dans le milieu homosexuel, on m’a aussi remis fondamentalement en question. Des partenaires m’ont déclaré: «Toi, tu n’es pas homosexuel. Mais je t’aime et je te respecte comme tu es».

Il est vrai que les femmes ne m’ont jamais intéressé. À l’internat, vers l’âge de douze ans, j’ai été initié quasiment de force à l’homosexualité par un camarade de chambre à peine plus vieux que moi. Le premier contact sexuel a énormément de poids dans la construction de l’individu. Notre cerveau enregistre un stimulus et les paramètres dans lesquels celui-ci a été produit; il fera dès lors tout pour le retrouver. En clair, nous reproduisons souvent notre première expérience. J’avais des prédispositions antécédentes et cette expérience a été un premier catalyseur.

Garçon instable

Mes premières impressions spirituelles remontent à l’adolescence. Un professeur m’a intéressé à la Bible, que je ne connaissais pas. Je fréquentais aussi des églises de Genève. Mais leur émotionnalisme à fleur de peau ne me convenait pas. Car je vivais un décalage entre mon intelligence et mes émotions. J’ai aussi ressenti un attrait pour certains garçons dans ce milieu. La «communion fraternelle» offrait un cadre adéquat. Mais tous n’étaient pas dupes. Je piquais des crises de jalousie. L’un d’entre eux m’a dit: «Ton problème, c’est que tu es amoureux de moi!».

Mon état civil est Kai. Or dans ces milieux homosexuels, je me faisais appeler «Jonathan». Je m’identifiais en effet à cette figure biblique, dont le grand roi David a dit: «Ton amour pour moi valait bien celui des femmes!». Par la suite, «Jonathan» a pris beaucoup plus d’importance, jusqu’à devenir mon double, mon alter ego porté sur l’instinct et la jouissance. Jonathan ne menait aucune recherche alors que Kai, oui, ô combien! Le grand Kai cherchait de tout son cœur la pureté intellectuelle et morale. De fait, j’oscillais entre la foi et le doute. Je croyais et je ne croyais pas.

«Recherche» avortée

À mon instabilité personnelle s’ajoutait une instabilité professionnelle: j’ai mal vécu l’armée, mal vécu mon stage dans les hôpitaux universitaires où j’ai échoué aux examens d’admission pour devenir infirmier, mal vécu les transports publics où je fus chauffeur de bus et finalement mal vécu mon activité parmi les sapeurs-pompiers. Mes collègues m’appelaient «le poète». Je ne trouvais pas ma place. Dans toute cette période, il devenait évident que j’étais malade.

Simultanément, je poursuivais en autodidacte une vaste étude, embrassant la spiritualité, la philosophie, la psychologie, l’apologétique – usage croyant de la raison ou rationnel de la foi – la politique et même le paranormal. J’ai persévéré dans cette recherche jusqu’au jour où je me suis heurté à un «mur». Je n’aboutissais pas. Mes questions restaient sans réponse. Personne ne me comprenait. Ni mes parents, ni les collègues ni les chrétiens et ce, depuis longtemps. Un soir, j’ai tout brûlé. Des années de travail au feu. Ma vie dans les flammes. Et je suis sorti. Dieu était mort pour moi.

Le tournant

Là, dans le parc, j’ai vécu plus qu’une aventure. J’avais tellement été humilié socio-professionnellement, que j’étais convaincu de ne plus rien valoir. Je cherchais la sécurité. Un jeune homme m’a offert une nouvelle vie. Je me suis entièrement identifié aux homosexuels et je suis complètement devenu Jonathan. Quant à mon amant, il était tout pour moi – une véritable idolâtrie.

Les quatre années que j’ai vécues dans le milieu de la nuit, des gigolos et de la drogue ont été d’une densité sans pareille. J’étais grand, mince, mignon et ouvert aux autres: j’ai eu beaucoup de succès. Un deuxième amant m’a quitté parce que je n’étais pas assez physique avec lui. J’ai mis des petites annonces pour trouver un «jeune homme tendre pour relation tendre et amitié durable». J’ai suivi un troisième homme chez lui, dans le Maghreb, avant que nous nous ne séparions. C’est ce dernier qui m’a dit que je n’étais pas un vrai homosexuel.

Long travail d’analyse

Parallèlement, le Dr C. avec lequel j’avais commencé un long travail d’analyse, me mettait sur la même piste. Je vivais mes relations homosexuelles dans le fantasme, plus que dans la réalité. «J’ai su que vous étiez quelqu’un de profondément sincère et honnête», me confiait-il lors de notre quatrième entretien, «et sachez que je fais une différence entre ce que vous êtes et ce que vous faites». Dans l’homosexualité, j’ai cru trouver, comme une révélation, quelque chose qui atténuait un peu le mal-être qui m’habitait, sans savoir pourquoi ni comment le dominer; quelque chose pour reprendre le contrôle, rendre ma vie supportable. Mais après ces quatre ans, je ne sortais plus du personnage dans lequel je m’étais enfermé: Jonathan m’avait réduit, comme tous les autres. «Vous étiez dans une schizophrénie latente; elle est maintenant apparente», m’a expliqué le Dr. C..

D’autre part, je commençais à vivre la question de Dieu comme un manque. Le Dr. C. m’a à nouveau aiguillé: «Dans votre parcours, vous n’aviez jamais goûté au mal et vous avez découvert tout le plaisir de l’expérience homosexuelle. Par là même, vous êtes en train de vous rendre compte que vous êtes un homme pécheur!». Il m’a fallu des années pour comprendre que je ne suis pas entré dans cet abîme par hasard: la nuit où j’ai brûlé ma recherche avant de me rendre au parc, j’étais devenu une proie facile et le piège bien préparé s’est refermé sur moi.

J’ai coupé les ponts

Il était temps pour moi de sortir de Sodome, comme le fit Lot dans le récit biblique. J’ai dû pardonner aux chrétiens légalistes et sentimentaux, à mes anciens collègues et aux homosexuels, bref, à tous ceux qui ne m’avaient pas compris. J’ai quitté Genève, j’ai cessé de m’habiller comme un zonard et de fumer du cannabis.

J’ai d’abord canalisé mon homosensibilité au travers de la masturbation, pendant quelques années. Mais je la pratiquais comme un asservissement, avec des fantasmes sado-masochistes. Je suis donc allé trouver un pasteur et j’ai déposé ce fardeau en confession. Et maintenant je suis clean depuis plusieurs années.

Le 22 mars 2012, je me suis reconverti à l’Évangile. J’ai inscrit à ce sujet, une note dans ma Bible.

Vocation présente: la chasteté

L’homosexualité est un phénomène complexe. Il existe une gamme de dispositions et d’aspirations intérieures qui vont de l’homosensibilité, l’homophilie (attrait affectif pour les personnes du même sexe, pouvant déboucher sur de belles amitiés viriles et chastes), à l’homoérotisme et à l’homosexualité au sens plein. Or c’est vers cette dernière, vécue et consommée, que la société contemporaine pousse toujours plus et avec une grande violence. Depuis Mai 68, en effet, la sexualité est élevée sur tous les murs – réels ou électroniques – en guise de panacée aux maux de la société. Mon cheminement sexuel a été fait de quantité de paradoxes. Avec ma vocation présente à la chasteté, je me place de nouveau dans un extrême.

Le Nouveau Testament parle des pédérastes et des efféminés – en ces termes et avec sévérité. L’homosexualité est bien contre la nature et contre la raison. C’est pour notre bien que Dieu condamne ces choses. Cela dit, dans le concret, j’accueillerai toute personne ou couple homosexuel, sans jugement. Car je ne veux pas traumatiser les gens par un discours apologétique virulent. J’ajoute que n’ai pas rencontré uniquement des homosexuels compulsifs et dominateurs; certains ne fréquentent pas le monde de la nuit et vivent une vie en apparence normale.

En conclusion, je tiens à préciser que je reste malade, que je souffre du symptôme de borderline, de tendances maniaco-dépressives et de schizophrénie latente: il y a le Kai encyclopédiste, moraliste et éclectique dans son savoir, haut en couleur, inaccessible au grand public. Et il y a le Kai réduit, mon double Jonathan, pénétré, amoureux des garçons, hédoniste et junkie. Je poursuis un long de chemin de reconstruction, dans lequel je suis reconnaissant pour la foi qui me fait vivre. Actuellement, je vis dans le célibat et la chasteté (Matthieu 19/12) et poursuis ma route à la suite du Christ.

Kai

Note de l’éditeur: ce parcours unique ne saurait être généralisé à l’ensemble des personnes qui se reconnaissent dans une psycho-affectivité ou un style de vie qui les amènent à aimer des personnes du même sexe. Ayant été trop souvent « réduit » par le regard et le discours porté sur lui, l’auteur désire ardemment que ce témoignage ne soit utilisé pour « réduire » la vie et les parcours d’autres, uniques eux aussi.

Témoignage d’un youtuber

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