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Ce qu’est réellement l’homosexualité

« A l’heure où naît un jour nouveau, je rentre retrouver mon lot de solitude. Comme un pauvre clown malheureux de lassitude. Je me couche mais ne dors pas, pense à mes amours sans joie, si dérisoires, à ce garçon beau comme un dieu qui, sans rien faire, a mis le feu à ma mémoire. Ma bouche n’osera jamais lui avouer mon doux secret, mon tendre drame…»

Charles Aznavour, dans la chanson «Je suis un homo, comme ils disent»



On en parle souvent très mal, de l’homosexualité : c’est un sujet qui dans l’imagerie populaire inspire régulièrement la moquerie, est plutôt synonyme de manque de virilité chez les hommes, de tare, de honte, de maladie mentale, de débauche, voire d’ignominie et d’infamie. Sujet qui reste bien souvent tabou, ou alors on en parle volontiers pour rire, plaisanter et amuser la galerie. Avec de nombreux dérapages, offenses, humiliations et mépris dans des propos tels que : « pédé, tapette, tante, tantouse, tarlouse, fif [1], fiotte, tapiole, mademoiselle, femmelette, t’es de la jaquette ? ».

Il est rare que l’on aborde le sujet avec sérieux : il le mérite pourtant. La moquerie et l’offense constituent le lit de l’homophobie. Cela explique combien beaucoup de personnes pratiquent l’homosexualité dans la dissimulation et l’anonymat… Ils mettent ainsi en place des stratégies d’apparence et de façade hétérosexuelles auprès de leurs proches. Et ceci aura pour effet de décupler les effets de division et d’éclatement de leur être – qui est l’un des aspects les plus marquants des modes de vie homosexuels.

L’homosexualité : une attirance sentimentale puis sexuelle

Certaines personnes découvrent un jour qu’elles éprouvent une forte attirance sentimentale, amoureuse et sexuelle, de préférence ou exclusivement pour les personnes de leur sexe et passent à l’acte : on dit qu’elles sont « homosexuelles ».

Le processus se déroule globalement ainsi :

homo-affectivité –> homo-sentimentalité –> homo-sensualité –> homo-sexualité

Toutefois, comme l’hétérosexualité, l’homosexualité ne se réduit pas à un simple comportement sexuel mais elle implique un ensemble d’attitudes, de valeurs et de préférences dont la seule véritable justification se trouve dans les rapports affectifs et sentimentaux.

Le psychiatre américain J. Marmor suggérait la définition suivante, qui semble assez appropriée :

Peut être considérée comme homosexuelle une personne qui, durant sa vie adulte :

  • manifeste une préférence pour des personnes de son propre sexe
  • est érotiquement (sexuellement) attirée par ces personnes
  • a habituellement (mais pas nécessairement) des relations sexuelles avec une ou plusieurs de ces personnes

L’échelle de Kinsey

Dans les années 1940, le Dr Alfred Kinsey [2] et toute une équipe de chercheurs entreprirent une très vaste enquête sur la sexualité en Amérique du Nord, avec des questions abordant la sexualité de façon franche, directe et efficace, puisque ces chercheurs purent ainsi établir la fameuse « Echelle de Kinsey ». Bien que l’enquête de Kinsey fut ensuite contestée à cause de sa manière d’échantillonner la population interrogée, cette échelle est encore valable de nos jours puisqu’elle a été confirmée par de nombreuses autres études.

Il s’agissait d’une échelle sur laquelle se répartissent les individus : à l’une des extrémités ceux et celles qui sont exclusivement homosexuels ; à l’autre extrémité, ceux et celles qui sont exclusivement hétérosexuels. Et entre ces deux extrémités prendraient place ceux et celles qui sont un peu homosexuels et un peu hétérosexuels, donc bisexuels selon des proportions diverses.

D’où la graduation suivante :

<–1———-2———-3———-4———-5———-6———-7–>
hétérosexualité bi-sexualité homosexualité

1 – Entièrement hétérosexuel(le)
2 – Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 – Prédominance hétérosexuelle, avec un «passé» homosexuel bien distinct
4 – Hétérosexuel(le) et homosexuel(le), d’une manière égale
5 – Prédominance homosexuelle, avec un «passé» hétérosexuel bien distinct
6 – Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
7 – Entièrement homosexuel(le)

D’après cette échelle de Kinsey, l’on peut avec raison introduire l’idée qu’il convient mieux de parler des hétérosexualités et des homosexualités au pluriel, sachant également qu’ils ne se résument pas à la seule sexualité, mais aussi à des affects, des sensibilités, des créativités particulières.

« En plus d’une hétérosexualité manifeste, une quantité très importante d’homosexualité latente ou inconsciente peut être trouvée chez des gens normaux » (Freud)

Fliess développa l’idée que la bisexualité biologique se prolonge chez l’être humain en une bisexualité psychique de base, et que l’enjeu du développement psychique sera le bon fonctionnement ou non du refoulement des caractères de l’autre sexe.

Le terme « homosexuel » est assez récent et date de la fin du 19ème siècle [3]. De nos jours, l’habitude que nous avons prise de l’employer nous incite à trouver naturelle la distinction des personnes en deux groupes, en fonction de leur sexualité : celles qui ont des rapports avec des personnes du même sexe, et celles qui en ont avec des personnes de l’autre sexe. Ainsi, l’on dira « Regarde, c’est Fabien qui arrive, tu sais ce jeune homosexuel dont je t’avais parlé hier… ».

Dans l’Antiquité

Mais cette distinction était inconnue dans l’Antiquité où les individus étaient parfois spontanément bisexuels, avec des préférences individuelles plus ou moins prononcées. Ils se différenciaient sur d’autres critères que la sexualité.

Il n’est pas question ici de faire l’apologie de l’homosexualité, mais de décrire ici d’une manière simple son histoire depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

L’histoire nous rapporte qu’Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C. – Roi de Macédoine) eut pour compagnes des centaines de femmes, et seulement deux hommes, mais qu’il n’a été amoureux, passionnément et pour longtemps, que d’un seul de ces deux hommes. Cicéron (106 – 43 av. J.-C. – avocat, homme politique et orateur romain) avait une femme, mais lui préférait les charmes de son jeune esclave, qui était son secrétaire favori ! Néron (37-68 ap. J.-C., empereur romain), fit châtrer l’un de ses esclaves avant de le prendre publiquement pour épouse.

Le poète romain Catulle (1er siècle av. J.-C.), épris du beau Juventius, écrivait : « Si sur tes yeux doux comme le miel, Juventius, on me laissait mettre sans relâche mes baisers, j’en mettrais jusqu’à trois cent mille sans me sentir jamais rassasié. »

En Egypte, les pharaons disposaient d’un harem de beaux jeunes hommes. Au Japon, les samouraïs ne cachaient pas leurs relations homosexuelles.

Une erreur courante consiste dans le fait que la Grèce antique soit souvent assimilée au berceau et au paradis de l’homosexualité. D’ailleurs, les structures sociales et les lois en vigueur à Athènes réprouvaient ce que nous appelons aujourd’hui « l’homosexualité ». L’amour entre hommes était considéré comme avilissant et indigne. Entre adultes, les relations homosexuelles étaient inconcevables, et les efféminés (pathici) étaient l’objet de railleries et de mépris.

Par contre, ce qui était autorisé, et même encouragé, c’était la relation entre un homme mûr et un adolescent, ce que nous appelons de nos jours la « pédérastie », et qui est actuellement formellement condamnée avec raison par la loi. Erigé au rang d’institution, le rapport entre l’amant adulte – l’érastre, un homme qui ne dépassait jamais quarante ans -, et l’aimé mineur, – l’éromène, un jeune à peine pubère -, constituait pour ce dernier un rite de passage à l’âge viril. Même si les liaisons n’étaient parfois pas dénuées de passion, elles avaient surtout valeur éducative… : l’homme mûr prenait sous son aile un adolescent et le formait à la vie sociale et politique, tout en entretenant des rapports sexuels avec lui [4], sans que la notion de plaisir prenne le dessus sur les autres valeurs formatrices de la relation. Le mineur était pris en charge par le majeur dès ses 12 ans, jusqu’à l’apparition de la première barbe, vers l’âge de 18 ans.

Les philosophes grecs Platon (427-347 av. J.-C.) et Socrate (470-399 av. J.-C.), le général et consul romain Jules César (100-44 av. J.-C.), surnommé « l’homme de toutes les femmes et la femme de tous les hommes », l’empereur chinois Wu (140-87 av. J.-C.) étaient considérés comme homosexuels. En France, Henri III, Roi de France (1551-1589), était très critiqué pour ses goûts efféminés et les faveurs qu’il accordait à ses « mignons ». Le compositeur russe Tchaïkovski (1840-1893) se suicida vraisemblablement à cause du problème posé par son homosexualité. Rimbaud et Verlaine, Aragon, Colette, Proust, Genet, Jean Cocteau et Jean Marais, Gide et Pasolini, Michel-Ange, Léonard de Vinci étaient homosexuels.

Dans son « Livre Blanc », paru anonymement en 1928, Jean Cocteau justifie ses penchants :

« Au plus loin que je remonte et même à l’âge où l’esprit n’influence pas encore les sens, je trouve des traces de mon amour des garçons. J’ai toujours aimé le sexe fort, que je trouve légitime d’appeler le beau sexe. Mes malheurs sont venus d’une société qui condamne le rare comme un crime et nous oblige à réformer nos penchants. »

Michel-Ange, enflammé par la passion amoureuse, était fasciné par la beauté du corps des hommes jeunes, mais aussi par la beauté du divin. Il écrivit ceci en 1532 :

« Hélas ! Hélas ! Quand je repense au temps passé, je ne trouve pas un seul jour qui ait été à moi. Les faux espoirs, les vains désirs, – maintenant je le reconnais – m’ont tenu en péril, loin de la vérité, pleurant, aimant, brûlant et soupirant, car aucune passion mortelle ne me fut étrangère. Le temps fugitif m’a enfin manqué, mais s’il se prolongeait, je ne serais pas encore las. » [5]

Pour Serge Gainsbourg, l’un de ses plus beaux souvenirs «d’amour», dit-il, lui est venu d’un garçon ; et de confier, à brûle pourpoint :

« J’ai eu des périodes d’homosexualité. Dans ma vie, ma plus belle déclaration d’amour est venue d’un homme. J’avais trente ans, je commençais dans un cabaret de m…. Pendant un mois, un garçon est venu. Il me fixait. Un beau garçon. C’était assez éprouvant. Un jour il m’a parlé : « Est-ce qu’on peut faire quelques pas ensemble ? » J’ai dit oui. Et là, en marchant, il m’a fait une déclaration d’amour. La plus belle que j’ai jamais entendue. Sublime, et le mot est encore trop faible. Il avait tout compris en moi. Je l’ai emmené, on a fait l’amour. »[6]

[1] fif : terme péjoratif utilisé pour désigner les homosexuels au Québec.
[2] http://homoedu.free.fr
[3] Le terme « homosexualité » a été forgé par un médecin hongrois, le Dr Benkert, en 1869. Homo, en grec, signifie « le même », « semblable », tandis qu’hétéro signifie « différent », « dissemblable ».
[4] Avec pénétration de l’adolescent
[5] in « Michel-Ange, le tourment et la gloire » – Simone Hills – Editions du Sarment – 1997
[6] in : B.A.B.A. Homosexualité – Ph. Randa – Ed. Pardès – p. 76

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